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Yin Yoga et médecine chinoise : méridiens et 5 éléments

Le Yin Yoga est souvent présenté comme un yoga doux, lent et relaxant. Il suffirait de s’installer dans une posture, de fermer les yeux et de laisser le calme revenir.

Pourtant, l’expérience n’est pas toujours aussi simple.

Rester plusieurs minutes dans une posture peut effectivement favoriser le relâchement. Cependant, l’immobilité peut aussi rendre plus perceptibles une tension, une agitation, une impatience ou un besoin de contrôle. Lorsque le mouvement s’arrête, ce que nous tenions à distance ne disparaît pas forcément. Parfois, cela devient même plus audible.

C’est précisément ce qui m’intéresse dans cette pratique. Je ne cherche pas à conduire les participants vers un état qu’ils devraient atteindre. Je préfère créer les conditions nécessaires pour que chacun puisse rencontrer ce qui est présent, sans se juger ni se contraindre.

À Akasha, mon approche relie le Yin Yoga et la médecine chinoise, notamment à travers les méridiens et les cinq mouvements : le Bois, le Feu, la Terre, le Métal et l’Eau. Néanmoins, cette grille énergétique ne remplace jamais l’expérience corporelle.

Avant d’être un concept ou un élément, une posture est d’abord quelque chose que l’on vit dans son corps.

Qu’est-ce que le Yin Yoga ?

Le Yin Yoga est une pratique contemporaine qui associe le yoga postural à différentes influences taoïstes et à une lecture énergétique inspirée de la médecine chinoise.

Contrairement à une pratique dynamique, les postures sont principalement réalisées au sol et maintenues pendant plusieurs minutes. Le corps rencontre alors la gravité, le temps et une forme d’immobilité.

Toutefois, rester dans une posture ne signifie pas supporter coûte que coûte.

Il ne s’agit ni de descendre le plus bas possible ni d’atteindre une forme idéale. Au contraire, la posture doit être suffisamment stable pour pouvoir être habitée. Des bolsters, des briques et des couvertures permettent donc d’adapter chaque proposition à la morphologie, à la mobilité et à l’état du jour.

Dans mes cours, je rappelle régulièrement qu’il est toujours possible de bouger, de réduire l’amplitude ou de sortir de la posture. Ces ajustements ne représentent pas un échec. Ils font pleinement partie de la pratique.

Beaucoup de personnes savent déjà endurer, continuer malgré la fatigue et dépasser leurs limites. Sur le tapis, je leur propose un autre apprentissage : sentir ce qui se passe, reconnaître une information corporelle et retrouver la possibilité de choisir.

Yin Yoga, fascias et tissus conjonctifs

Le Yin Yoga est souvent présenté comme une pratique ciblant les fascias. Cette affirmation est partiellement juste, mais elle mérite quelques précisions.

Les fascias forment un réseau continu de tissus conjonctifs qui enveloppe, soutient et relie les différentes structures du corps. Ils participent notamment au mouvement, à la transmission des forces et à notre perception corporelle.

Cependant, une posture ne sollicite jamais les fascias de manière isolée. Les muscles, les tendons, les ligaments, les capsules articulaires et les autres tissus sont également concernés.

En Yin Yoga, la durée d’une posture permet à la sensation d’évoluer progressivement. Certaines zones rencontrent une mise en tension, tandis que d’autres sont davantage comprimées. Pour autant, une sensation plus forte ne signifie pas que la posture est plus efficace.

Il existe une différence essentielle entre sentir et forcer.

Une mise en tension progressive peut être observée. En revanche, une douleur vive, une brûlure, une décharge électrique ou un engourdissement demande de modifier la posture, voire d’en sortir.

Le corps communique souvent bien avant de crier. Encore faut-il avoir appris à reconnaître son langage.

Quel lien existe-t-il entre le Yin Yoga et la médecine chinoise ?

La médecine traditionnelle chinoise envisage le vivant à travers les cycles, les relations et les transformations. L’être humain n’y est pas considéré comme une structure isolée. Il appartient à un environnement traversé par les saisons et par différents mouvements.

Dans cette tradition, le Qi représente le souffle ou l’énergie vitale. Il circulerait à travers un réseau de voies appelées méridiens. Ces derniers sont associés à différentes fonctions, à des couples d’organes et d’entrailles ainsi qu’aux cinq mouvements de la médecine chinoise.

Il est néanmoins important de préciser qu’un méridien n’est ni un muscle, ni un nerf, ni une chaîne fasciale identifiable anatomiquement. Il appartient à une cartographie énergétique spécifique.

Le Yin Yoga contemporain s’inspire de cette cartographie. Certaines postures sollicitent ainsi des régions corporelles traversées, selon la médecine chinoise, par certains méridiens.

Pour autant, je ne suis pas praticienne en médecine traditionnelle chinoise et je ne pose pas de diagnostic énergétique. De même, je ne prétends pas qu’une posture puisse soigner un organe ou libérer automatiquement une émotion.

J’utilise plutôt cette tradition comme une grille de lecture du vivant. Elle me permet de construire des séances cohérentes, de proposer un fil d’exploration et de replacer notre expérience dans des cycles plus vastes.

Les cinq éléments sont avant tout cinq mouvements

Nous parlons habituellement des cinq éléments de la médecine chinoise. Pourtant, l’expression cinq mouvements ou cinq phases traduit mieux la notion de Wu Xing.

Le Bois, le Feu, la Terre, le Métal et l’Eau ne sont pas des catégories immobiles. Ils représentent des dynamiques de transformation.

Le Bois émerge et cherche une direction. Ensuite, le Feu s’élève, rayonne et atteint son expansion. La Terre accueille, nourrit et transforme. Puis, le Métal rassemble, structure et sépare. Enfin, l’Eau descend, préserve les ressources et prépare une nouvelle émergence.

Ces cinq mouvements sont présents dans la nature comme dans nos existences. Nous avons besoin de l’élan du Bois, mais aussi du repos de l’Eau. De la même manière, le rayonnement du Feu ne peut se maintenir sans la stabilité de la Terre ni les limites du Métal.

Le Yin Yoga et les cinq éléments nous invitent donc à reconnaître ces mouvements en nous, sans chercher à nous enfermer dans un profil.

Le Bois : retrouver une direction sans se rigidifier

Le Bois est associé au printemps, à la croissance et à l’émergence. En médecine chinoise, il est mis en relation avec les méridiens du Foie et de la Vésicule biliaire.

Son mouvement rappelle celui d’une jeune pousse qui traverse la terre pour rejoindre la lumière. Elle possède une direction claire. Pourtant, elle reste suffisamment souple pour contourner les obstacles.

Dans une pratique inspirée par le Bois, nous pouvons solliciter plus particulièrement les faces internes et externes des jambes, les hanches ou les côtés du corps.

Cependant, l’intérêt de la séance ne réside pas seulement dans les zones étirées. Il se trouve aussi dans la manière dont nous rencontrons nos limites.

Que faisons-nous lorsqu’une résistance apparaît ? Cherchons-nous immédiatement à la forcer ? Renonçons-nous à notre intention ? Pouvons-nous ajuster notre direction sans perdre notre élan ?

La médecine chinoise associe traditionnellement le Bois à la colère et à la frustration. Néanmoins, une tension dans les hanches ne signifie pas qu’une colère y serait stockée. La pratique peut plutôt nous aider à observer notre manière de réagir lorsqu’un obstacle se présente.

Ainsi, le Bois nous apprend qu’il est possible d’avancer sans nous durcir contre ce que nous rencontrons.

Le Feu : entrer en relation sans se perdre

Le Feu correspond à l’été, à la chaleur, à l’expansion et à la vitalité. Il est principalement associé aux méridiens du Cœur et de l’Intestin grêle. Le Maître-Cœur et le Triple Réchauffeur appartiennent également à cette dynamique.

Une séance inspirée par le Feu peut accorder davantage de place à la région thoracique, aux épaules, aux bras et à la respiration.

Dans le yoga, nous parlons fréquemment « d’ouvrir le cœur ». Pourtant, cette expression peut facilement devenir une injonction supplémentaire.

Une posture d’ouverture peut offrir de l’espace à une personne et faire apparaître une sensation de vulnérabilité chez une autre. Il n’existe donc pas une seule expérience juste.

L’approche somatique nous ramène à des questions concrètes. Puis-je respirer dans cette position ? Ai-je besoin d’un support ? Cette ouverture me donne-t-elle de l’espace ou m’oblige-t-elle à lutter ?

Le Feu ne nous demande pas de nous exposer sans discernement. Au contraire, il peut nous apprendre à entrer en relation tout en restant reliés à nous-mêmes, à rayonner sans nous disperser et à mobiliser notre vitalité sans nous épuiser.

La Terre : faire l’expérience du soutien

La Terre est associée au centre, à la transformation et à la capacité de recevoir. Elle est mise en relation avec les méridiens de la Rate et de l’Estomac.

Dans une pratique de Yin Yoga, elle peut être explorée à travers les appuis, le poids du corps et la sensation de stabilité.

Nous utilisons souvent le mot « ancrage ». Pourtant, demander à une personne de s’ancrer ne suffit pas à créer une sensation de sécurité.

Le corps ne se rassure pas sur commande.

En revanche, nous pouvons lui proposer une expérience tangible : sentir le poids du bassin, percevoir les points de contact ou laisser un bolster recevoir une partie de l’effort.

Peu à peu, l’ancrage n’est plus une chose à réussir. Il devient une information vécue : quelque chose me soutient et je n’ai pas besoin de tout porter seul.

La Terre nous interroge également sur notre capacité à recevoir. Pouvons-nous nous appuyer sans culpabiliser ? Savons-nous reconnaître ce qui nous nourrit et ce qui nous encombre ?

Il n’est pas nécessaire de trouver immédiatement une réponse. Le fait de sentir qu’un soutien existe constitue déjà une expérience importante.

Le Métal : discerner et laisser partir

Le Métal est associé à l’automne, au temps du tri et du dépouillement. Il correspond aux méridiens du Poumon et du Gros Intestin.

Dans la nature, les arbres laissent tomber leurs feuilles afin de préserver leurs ressources. De la même manière, le Métal évoque notre capacité à distinguer ce qui doit être conservé de ce qui peut achever son cycle.

Une pratique inspirée par cet élément peut accorder davantage d’attention au souffle, à la poitrine, aux épaules et aux bras.

Toutefois, respirer ne signifie pas nécessairement prendre de grandes inspirations. Parfois, il est plus juste de cesser de vouloir bien respirer et de sentir simplement comment le souffle vient à nous.

La médecine chinoise associe le Métal à la tristesse et au deuil. Une posture ne peut évidemment pas faire disparaître un deuil. Elle peut néanmoins offrir un espace dans lequel ce qui est présent n’a pas besoin d’être immédiatement corrigé.

Laisser partir ne signifie ni oublier ni nier ce qui a compté. Cela peut simplement consister à reconnaître qu’une expérience a existé, qu’elle a laissé une trace et qu’elle n’a peut-être plus besoin d’organiser tout notre présent.

L’Eau : revenir vers ses ressources profondes

L’Eau correspond à l’hiver, au repos, à la conservation et à la profondeur. Elle est associée aux méridiens des Reins et de la Vessie.

Son mouvement est descendant. L’Eau épouse les reliefs et trouve son passage sans avoir besoin de lutter en permanence.

Dans le corps, les séances inspirées par cet élément peuvent solliciter l’arrière des jambes, la colonne vertébrale et la région lombaire. Elles invitent souvent à ralentir et à réduire la quantité de stimulations.

Cependant, ralentir n’est pas toujours apaisant.

Lorsqu’une personne est habituée à agir, à anticiper ou à contrôler, l’immobilité peut d’abord amplifier l’agitation intérieure. Dans ce cas, conserver un mouvement léger, ouvrir les yeux ou modifier la posture peut être plus soutenant.

L’Eau nous rappelle ainsi que le repos ne se commande pas. Pour se déposer, le corps doit parfois percevoir qu’il dispose d’options et qu’il peut sortir de l’expérience à tout moment.

Préserver ses ressources ne signifie pas renoncer à l’action. Cela consiste plutôt à ne pas attendre l’épuisement pour reconnaître que nous avons besoin de revenir à nous.

Une approche somatique du Yin Yoga

L’approche somatique est centrale dans ma manière d’enseigner le Yin Yoga. Elle ramène continuellement la pratique à ce qui est vécu de l’intérieur.

Les méridiens et les cinq mouvements donnent une direction. Cependant, le corps nous renseigne sur le territoire réel.

Une posture cohérente avec le thème du jour peut ne pas convenir à une personne. À l’inverse, une forme très simple peut devenir une expérience profonde lorsqu’elle est vécue avec précision.

J’invite donc chacun à observer :

  • la localisation de la sensation ;
  • son intensité et son évolution ;
  • la qualité de la respiration ;
  • le tonus mobilisé pour rester ;
  • la présence éventuelle d’une compression ;
  • le besoin de bouger ou de prendre un support ;
  • la possibilité de quitter la posture.

Cette écoute ne consiste pas à analyser chaque sensation ni à lui attribuer immédiatement une signification. Une tension n’est pas un message qu’il faudrait décoder à tout prix.

Parfois, elle signale simplement une limite, une habitude de contraction ou une zone fortement sollicitée. Dans d’autres situations, elle fait apparaître une émotion, un souvenir ou un mouvement intérieur. Nous pouvons alors accueillir l’expérience sans prétendre savoir trop vite ce qu’elle signifie.

Le symbolique ouvre des pistes. Il ne doit jamais enfermer le corps dans une interprétation.

C’est dans cette nuance que le Yin Yoga rejoint l’intelligence somatique : percevoir plus finement, différencier les informations et retrouver du choix dans notre manière d’y répondre.

Yin Yoga et système nerveux : la lenteur ne suffit pas

Le Yin Yoga peut favoriser un retour au calme grâce aux appuis, à la respiration et au temps accordé à l’expérience. Néanmoins, une pratique lente n’apaise pas automatiquement le système nerveux.

Pour une personne en hypervigilance, rester immobile les yeux fermés peut augmenter la perception des sensations internes. À l’inverse, une personne très fatiguée ou en état de repli peut s’enfoncer davantage dans une forme de passivité.

L’effet d’une séance dépend donc de l’état de départ, du contexte, de la durée des postures et du sentiment de sécurité.

Surtout, la possibilité de choisir transforme l’expérience. Pouvoir bouger, ouvrir les yeux, changer d’appui ou quitter une posture indique au système nerveux que la situation n’est pas subie.

Cette nuance rejoint mon approche du yoga et du système nerveux. Une pratique devient régulatrice lorsqu’elle est adaptée à la personne, et non simplement parce qu’elle est définie comme douce.

Les supports font pleinement partie du Yin Yoga

Utiliser un bolster, une couverture ou une brique n’est pas une façon de réaliser une version moins avancée de la posture.

Au contraire, les supports permettent d’adapter la forme à la morphologie, à la mobilité et à l’état du jour. Ils peuvent réduire une contrainte articulaire, rendre un appui plus perceptible ou éviter au corps de lutter constamment contre la gravité.

Parfois, être davantage soutenu permet de sentir plus finement.

Lorsque l’intensité devient trop forte, toute l’attention se concentre sur la nécessité de tenir. En diminuant légèrement la contrainte, nous retrouvons souvent plus de souffle, de présence et de capacité d’observation.

Dans mes cours, je préfère qu’une personne habite pleinement une posture adaptée plutôt qu’elle endure une forme impressionnante.

La posture doit servir la personne. Jamais l’inverse.

Comment je construis mes séances de Yin des éléments

Une séance de Yin des éléments peut être inspirée par une saison, un méridien ou une qualité particulière. Pourtant, je ne me contente pas d’aligner des postures supposées agir sur le même élément.

Je prends également en compte les zones corporelles sollicitées, la complémentarité entre tension et compression, les transitions, les contre-postures et les temps d’intégration.

L’état du groupe influence aussi ma manière de guider. Une séance prévue comme très immobile peut demander davantage de mouvement. À l’inverse, un groupe déjà fortement stimulé aura parfois besoin de plus de silence et de soutien.

Les mots proposés accompagnent l’expérience sans imposer ce qu’il faudrait ressentir. Je peux ouvrir une réflexion autour de la capacité à recevoir, à poser une limite ou à préserver ses ressources. Cependant, chacun reste libre de rencontrer autre chose.

Ainsi, les cinq mouvements structurent la séance sans transformer le corps en illustration d’une théorie.

Yoga des 5 éléments et Yin des éléments : deux approches différentes

Dans mon enseignement du Vinyasa, je m’appuie sur les cinq éléments issus des traditions indiennes :

  • l’Éther ;
  • l’Air ;
  • le Feu ;
  • l’Eau ;
  • la Terre.

Le Yin des éléments repose sur les cinq mouvements de la médecine chinoise :

  • le Bois ;
  • le Feu ;
  • la Terre ;
  • le Métal ;
  • l’Eau.

Bien que certains mots soient communs aux deux systèmes, leurs fondements sont différents. Je veille donc à ne pas les mélanger ni à les présenter comme deux versions d’une même vision.

Pour découvrir la première approche, vous pouvez lire mon article consacré au Yoga des 5 éléments et à mon approche somatique du Vinyasa.

Pratiquer le Yin Yoga près d’Annecy

À Akasha, je propose un Yin Yoga nourri par la médecine chinoise, les méridiens, l’écoute somatique et la compréhension du système nerveux.

Les cinq mouvements donnent une direction à la séance. Les postures, quant à elles, offrent un espace d’exploration. Toutefois, l’expérience reste toujours personnelle.

Nous ne cherchons ni l’immobilité parfaite ni une libération émotionnelle spectaculaire. Nous prenons plutôt le temps de rencontrer le corps tel qu’il est aujourd’hui.

Parfois, une posture ouvre un espace. À un autre moment, elle révèle une résistance ou un besoin de soutien. Ces expériences n’ont pas toujours besoin d’être expliquées. Elles nous apprennent déjà quelque chose sur notre manière de tenir, de nous adapter, de nous protéger ou de lâcher.

Le Yin Yoga ne nous demande donc pas de « lâcher prise » une fois de plus.

Il nous invite d’abord à reconnaître ce que nous tenons. Ensuite, lorsque les conditions deviennent suffisamment soutenantes, le corps peut découvrir qu’il n’a peut-être plus besoin de tout retenir de la même manière.

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